Dante l’homme politique

En 1295, Dante décide de s’engager sur la scène politique florentine. Une année plus tard, il siège au Conseil des Cent, le parlement de Florence, avant d’être élu en 1300 parmi les six prieurs de la cité qui, de concert avec le gonfalonier, gouvernent la ville. Dante a alors 35 ans, l’âge auquel il situe son voyage dans l’au-delà. Il appartient aux guelfes, qui soutiennent le pape et s’appuient sur le petit peuple, opposés aux gibelins, qui soutiennent l’empereur et appartiennent aux principales familles nobles de la ville. Lorsque Dante accède au Conseil, le parti guelfe est au sommet de sa puissance après une période difficile : l’essor économique de la ville la pousse à se libérer du joug de l’empereur. Aussi, en 1300, Dante bannit plusieurs gibelins, y compris son ancien ami Guido Cavalcanti (voir Dante et Béatrice). Mais une fois les gibelins bannis, le parti guelfe ne tarde pas à se scinder en deux fractions, celle des guelfes noirs et celle des guelfes blancs : les noirs comptent dans leurs rangs les riches bourgeois, qui soutiennent le Pape Boniface VIII, dont plusieurs sont les créanciers, tandis que les blancs, dont Dante est une figure de proue, restent majoritairement composés d’artisans qui rêvent d’indépendance et cherchent à se libérer du pape comme de l’empereur.

En 1301, sur ordre du pape, Charles de Valois, frère du roi de France, prend Florence et la met à sac. Le gouvernement est renversé et les guelfes noirs prennent le pouvoir. Dante réussit alors de justesse à quitter la ville, mais il est condamné, comme tous guelfes blancs, pour fraude et corruption ; une condamnation qui se transforme en peine de mort pour ne pas s’être présenté au procès. Cette sentence est encore aggravée en 1303, après une tentative malheureuse de reprendre Florence avec quelques autres guelfes blancs et le soutien des gibelins : la condamnation à mort est alors étendue à tous ses descendants mâles.

Dante est dès lors condamné à voyager tel un proscrit : il va à Venise, puis séjourne en Toscane dans la commune de Lucques. En 1310, il entrevoit un espoir de retour grâce au nouvel empereur, Henri VII, dont il se rapproche et qu’il tente de convaincre de prendre Florence. Mais en vain : l’empereur ne suit pas son conseil. Dante s’installe alors à Vérone auprès de l’héritier politique d’Henri VII, le prince Cangrande della Scalla, chef du parti gibelin. Devenu son conseiller, le poète jouit rapidement d’une grande notoriété. Son aisance politique retrouvée, il se consacre entièrement à l’achèvement de la Divine Comédie. En 1318, Dante va à Ravenne où il est reçu par le prince Guido Novello da Polenta, sa renommée ayant encore augmenté suite à la publication de la Comédie. Après un dernier voyage à Venise en qualité d’ambassadeur, le poète meurt en 1321 de la malaria à Ravenne, entouré de ses trois enfants.

Et mon ombre faisait paraître la flamme plus rouge (Purgatoire, Chant XXVI, Huile sur toile, 1990, Collection privée)